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J’ai « fêté » il y a peu le premier anniversaire de mon diagnostic de syndrome d’Asperger. J’ai 31 ans. Je suis mariée, maman, et je suis autiste. Je l’ai toujours été, mais je ne le sais que depuis peu.

Lorsque je songe aujourd’hui à mes années « pré-diagnostic », je me demande grâce à quelle force insoupçonnée j’ai pu « tenir le coup ». Et je m’interroge : où en serais-je aujourd’hui sans ce diagnostic ? Parmi mes proches, j’entends la plupart du temps : « ce diagnostic, ça ne change rien, tu es toujours la même personne, alors à quoi ça sert au final à part te mettre une étiquette et t’empêcher d’avancer ? »

Personne ne semble comprendre à quel point le diagnostic a pu constituer un soulagement, une reconnaissance, à quel point il a sauvé mon mariage, ma relation avec mon enfant, ma foi en l’avenir et en la réalisation de certains projets. A quel point il m’a sauvée, moi, qui pensais être une « sous-merde » et ne pas mériter de vivre. Sans mon diagnostic, je ne serais certainement plus de ce monde aujourd’hui.

Le diagnostic, avant d’être une « étiquette » potentiellement handicapante, c’est le soulagement de mettre enfin un nom sur ce qui ne va pas, un moyen de reconsidérer l’estime de soi en en se disant que non, on n’est pas une sous-merde, simplement une personne qui a des difficultés, des limites, et qui fait tout ce qu’elle peut pour les dépasser, une surcompensation qui a bien sûr un coût… Alors, avec ce diagnostic, on apprend à mieux se connaître, à davantage se respecter, à s’autoriser à être mal, à ne plus chercher à systématiquement porter son masque social lorsque l’on est en souffrance.

Je suis certes toujours la même personne, avec ses qualités, ses défauts, son foutu caractère… mais, en ayant désormais une meilleure connaissance de moi-même et en étant soutenue, je peux enfin me permettre d’avancer dans la vie, sans me détruire et détruire mes proches.

Alors, oui, le diagnostic, « ça change beaucoup de choses ».

Contrairement à ce que semblent croire certains de mes « amis », le diagnostic n’est pas une excuse commode aux difficultés que je peux connaître, notamment en matière d’emploi.

Non, je n’ai pas « cherché un truc » pour dissimuler ma honteuse incapacité à m’insérer professionnellement, dans un monde où le travail et l’estime de soi vont de pair.

Au contraire, j’y vois désormais plus clair : je sais quels types d’activités je peux envisager et quelles sont mes limites. Cela évite les situations d’échec telles que des démissions par épuisement (avec culpabilisation massive). Certes, j’ai dû faire une croix sur beaucoup de choses, et notamment le fait de « faire carrière », de mettre à profit les compétences développées au cours de mes études supérieures, le fait de bénéficier d’un salaire acceptable… C’est en cela que le diagnostic peut être douloureux : il fait prendre conscience du handicap et de l’immuabilité de certaines limites. Quels que soient mes efforts, je serai toujours autiste, et l’autisme saura se rappeler à moi, me mettant souvent en situation de souffrance. Mais c’est ainsi, je l’accepte, et ne regrette absolument pas ma démarche diagnostique.

Dans mon prochain article, j’évoquerai la longue et sinueuse route vers celle-ci.