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J’ai découvert l’existence du syndrome d’Asperger, un peu par hasard, sur internet, il y a presque deux ans.

Avant cela, j'ai passé des années à chercher ce qui n'allait pas chez moi. Je pense m'être aperçue très tôt de ma différence, du fait que je n'avais ni les mêmes réactions, ni les mêmes intérêts que les autres. Je pouvais me montrer très mature dans certaines situations et totalement immature dans d'autres. C'est toujours le cas aujourd'hui d'ailleurs... Je n’étais pas hyper tactile, je vivais très mal les imprévus, le changement.

J’étais une petite fille assez solitaire, car je ne comprenais pas vraiment les enfants de mon âge, je rêvais de me faire des amis mais ne savais absolument pas comment m'y prendre. Je ne me sentais jamais totalement à l’aise avec les autres et choisissais en conséquence souvent pour camarades ceux, qui, comme moi, restaient à l’écart. De mes années d’école primaire, je me souviens entre autres de mon amitié avec une gamine qui n’aurait pas déplu à Tim Burton, ou de celle avec un garçon que tous les autres petits mecs rejetaient parce qu’il était efféminé et aimait les jeux de fille.

A l’époque, lorsque je devais faire face à une situation sociale, j'étais tout simplement terrorisée (ex : passer un coup de fil, demander quelque chose à un commerçant…), même si cela ne se percevait pas extérieurement, étant donné que j’accomplissais la tâche en apparence parfaitement. Ce n’était pas « juste » de la timidité. Intérieurement, je souffrais terriblement et avais l’impression de mener une véritable bataille. La répétition des situations sociales ne me les rendait pas plus faciles à vivre, bien au contraire. Je percevais bien qu’il existait une mécanique étrange des rapports sociaux que je ne maîtrisais pas  Il y avait bien des signes extérieurs visibles de mon anxiété (troubles du sommeil, ongles rongés jusqu’au sang, manies avec les mains, etc), mais je compensais si bien mes difficultés et dissimulais avec tellement de talent mon mal-être que rien n’aurait pu permettre de déceler ma différence. Ni mes parents, ni mes pédiatres, ni mes instituteurs, n’auraient pu songer à l’autisme, d’autant que l’autisme de haut niveau dans les années 90 en France était totalement méconnu. Un autiste, à l’époque, c’était forcément (et l’est encore…), pour la plupart des gens, un enfant non verbal, intellectuellement déficient, poussant des cris. Je passais donc juste pour une petite fille très sensible, calme, hyper timide.

J'avais des centres d'intérêt particuliers : j'aimais les livres, la danse, l'archéologie, l'histoire, je pouvais rester des heures cloîtrées dans ces passions, avec l'impression d'y être comme dans un cocon protecteur. J'avais un monde imaginaire très développé. La danse m’apportait créativité, liberté et me berçait dans un monde tellement plus merveilleux que le monde ordinaire.

L’école, c’était l’enfer. Je me rappelle de mes premières crises d’angoisse, en classe de CE1, lorsque mon cerveau refusait de répondre aux exercices de géométrie pourtant élémentaires. J'étais souvent en classe à la limite de la panique. Je me rappelle de nombreux matins partant à l'école avec des douleurs au ventre, me demandant comment j'allais "tenir" la journée, entre les leçons que je ne comprenais pas toujours, les efforts pour me concentrer, la peur panique de l'instit, l’appréhension de l’heure de la récré (comment approcher les autres ?)… Le CM1 et le CM2 furent deux années particulièrement traumatisantes, au cours desquelles je fus le martyre attitré d’une institutrice néo-nazie complètement dingo.

Au collège, j'étais brillante dans les matières littéraires, les langues et l'histoire, mais absolument médiocre en mathématiques et matières scientifiques, malgré tous mes efforts.

La période de l'adolescence fut pour moi un véritable cauchemar. Je ne comprenais rien au fonctionnement des autres et à leur manière de communiquer, centres d'intérêt, etc. Je suis donc très vite devenue le bouc-émissaire favori de mes camarades. Je détestais d'autant plus l'école que je savais que je pouvais apprendre bien plus et bien mieux par moi-même dans les domaines qui m'intéressaient. En fait, je trouvais l'enseignement scolaire ennuyeux, inutile, agressif et bruyant.

Le lycée s'est un peu mieux passé mais j'étais toujours "le laideron bizarre à lunettes", qui paraissait "fragile et froide". J'avais quelques connaissances, peu d'amis, et ne sortait qu'en de très rares occasions au cours desquelles j'étais profondément mal à l'aise.

A ce moment là, mon estime de moi était totalement inexistante. Je me surnommais "la sous-merde". Je détestais mon apparence, qui ne reflétait en rien ma personnalité, j'avais l'impression d'être bête et totalement immature, à côté de la plaque. Seule la danse me permettait de m'évader. J'y vouais un intérêt obsessionnel et commençait à réfléchir à l'idée de devenir professeur de danse. Malheureusement, à l'âge de 15 ans, des problèmes de genou sévères ont démoli ce rêve. J'ai alors compris, avec effroi, que j'allais devoir m'insérer dans le monde "normal", bien moins accueillant à mon égard que le monde artistique. 

Vers 16-17 ans, j'ai commencé à me dire que ma différence avait peut-être une cause, notamment une cause pathologique. Plus je vieillissais, et plus le fossé avec les autres me semblait profond. Quelque chose en moi savait qu'il y avait un "truc", mais quoi ? Mes recherches étaient accueillies assez froidement de la part de mes parents qui me demandaient : "Mais pourquoi tu veux absolument te trouver un truc ?", ce à quoi je répondais (et réponds toujours...) : "Je ne veux pas me trouver un truc, mais trouver le truc qui ne va pas chez moi." J'étais tellement en souffrance que je cherchais un diagnostic. J'en ai lu, des ouvrages de psycho : bipolarité, personnalité borderline, et j'en passe...

Il devenait de plus en plus évident pour moi que quelque chose clochait et que ce n'était ni anodin ni temporaire…